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19 février 2010

Jour 7 - la demie-lune, femmes

L'euphorie des premiers jours s'envole. Je me retrouve à nouveau dans l'équipe ENTRY 20, soit l'endroit où les spectateurs passent au détecteur de métal. J'y ai travaillé le 14, sur le même horaire. À l'heure où nous commençons, la majeure partie des spectateurs est à l'intérieur. Nous nous "battons" presque pour avoir des spectateurs dans notre porte d'accès. Les policiers francophones de la GRC se retrouvent eux aussi assez souvent à ENTRY, afin de pouvoir répondre aux cas problèmes dans les deux langues.

À mon arrivée à Vancouver, je maudissais un peu VANOC, qui n'a procuré presque aucune aide pour le logement des bénévoles venant de l'extérieur de la Colombie-Britannique. Je savais, pour avoir discuté avec un policier de la GRC qui réside à Richelieu et qui est à Vancouver pour les Jeux, que les policiers étaient logés (sur un bateau de croisière!!), nourris et transportés. Je pensais tout bas: "ça peut bien coûter cher la sécurité!".

Les policiers qui travaillent à Cypress portent leur uniforme régulier. Je m'amuse donc à repérer de loin les casques de poils de la CUM, ou leur badge bleu sur la manche. La SQ est facile à reconnaître, ils sont les seuls en vert. Je jase souvent avec les francophones et je n'envie pas du tout leur horaire de travail. Ils ont des quarts de travail de 16 heures consécutives, sur quatre jours, puis deux jours de congé et ça repart! De jour comme de nuit. Le bateau de croisière leur passe donc dix pieds par dessus la tête. Après six jours de ce rythme et les conditions météo débiles des premiers jours, l'équipe Cypress vient d'atteindre le fond du baril.

Ce soir, l'écoeurement était palpable parmi les bénévoles, les gens de sécurité et les policiers. La folle énergie du début se dissipe. La routine s'installe. Les quarts de travail ne procurent plus autant de plaisir. Demain, il n'y a pas de compétition à Cypress. Plusieurs équipes profiteront donc d'une première journée de congé. Croyez-moi, passer sept heures (ou seize pour nos amis policiers) par jour debout sans trop bouger s'avère pas mal dur sur les jambes. Nous avons une pause repas de 30 à 45 minutes et une ou deux pauses de 10 minutes, quand le temps le permet.

En observant notre équipe, nous réalisons que les mêmes visages reviennent souvent. La société réapparaît. Il y a les profiteurs, qui réussissent toujours à obtenir, par l'on ne sait quel moyen, les assignations sur le "field of play" (estrades, zone média, zone athlètes). Il y a les chialeux, qui trouvent le tour de se plaindre de tout. Il y a les éternels optimistes, qui sourient et voient le positif dans la routine. Il y a les blasés, ceux qui semblent se foutre complètement de leur assignation, qui jettent à peine un regard aux gens qui passent devant eux.

Je partage avec vous un texte que j'ai envoyé à Christian Tétreault, de Radio-Énergie, en espérant qu'il le lise en onde dans son courrier des lecteurs du vendredi.

Salut Christian,

Je te remercie pour tes chroniques quotidiennes, pour tes livres, pour raconter la vie et nous faire réfléchir.

Je prends la plume pour te raconter une tranche de vie. Qui sait, peut-être la liras-tu en ondes et pourra-t-elle inspirer des auditeurs à poursuivre leur rêves.

Milieu des années 70. Je dois avoir environ 8-9 ans. J'ai une petite cousine, Marie-Claude, âgée d'à peine 1 ans. Un jour, mon oncle et ma tante viennent nous visiter, en compagnie de cousin Marc et Marie. Les pleurs fusent, la colère gronde. Un mot ressort: cancer. Mon oncle Jacques, d'habitude si souriant, explose. Cancer au cerveau. Je ne comprends pas. J'aime tellement entendre le rire de bébé Marie-Claude quand je la chatouille, quand je lui fait faire l'avion dans mes bras tout jeunes, innocents. Après un an de calvaire, ma belle nous quitte et devient un ange. J'accumule de l'incompréhension, de la frustration. Dans ma tête d'enfant, je me jure d'aider mon prochain, pour que cela ne puisse plus se produire...

Je grandis avec ce sentiment d'injustice, fonde une famille, vois trois beaux enfants grandir sous mes yeux. Années 2000. Mon papa, mon idole, septuagénaire, celui qui offre toujours son aide et sa chemise, celui qui pédale plus de 2000 km par années depuis sa retraite, nous annonce qu'il est atteint du cancer de la prostate. L'image de Marie remonte à la surface. La rage me gagne. J'en veux à la vie qui s'attaque à mon papa. Il suit ses traitements avec un sourire, nous dit que tout va bien, nous sort plein d'études glanées sur internet. Il s'en sort. Marie l'a protégé.

Et puis, ce foutu cancer appelle Jacques à son service. Le mari de Johanne, l'éducatrice en milieu familial de nos enfants. Une perle, qui lui aussi, donne sans demander en retour, toujours souriant. J'ai perdu Marie, sauvé mon père, perdu Jacques. Le sentiment d'injustice ressurgit de plus belle. Je franchis le cap de la quarantaine et sens l'urgence de vivre. Je pose ma candidature pour les Jeux de Vancouver. Je débute mes cours de pilotage. Mon entourage pense que je suis devenu complètement fou. Pas moi.

Il y a plus de 30 ans, une partie de mon être s'est éteinte. Depuis, ce petit ange nommé Marie me suit. Je l'ai souvent sentie, lorsque j'apprenais à voler à St-Hubert. Lors de mon vol voyage vers Québec, en mai 2009, je vibrais à l'idée de réaliser ce rêve de voler comme les oiseaux dans le ciel. Dans quelques jours (ou aujourd'hui selon quand tu lis le texte en onde), j'acceuillerai (j'acceuille) le monde à Cypress Mountain, pour les Jeux Olympiques. Au-dessus de mon épaule, je sentirai (je sens) mes anges: Marie-Claude et Jacques. Tant de gens m'ont aidé à accomplir ce rêve fou que je me suis réconcilié avec la vie. À mon retour, je m'engage à donner des conférence dans les écoles, pour aider les jeunes à réaliser leurs rêves. Merci Marie. Merci Jacques. Merci ma bonne étoile.
Merci à vous, lecteurs anonymes de ce blogue. Vous êtes plus de 50 par jour à me suivre. Certains me laissent des commentaires, d'autres m'écrivent. J'apprécie ces encouragements et j'essaie de toujours voir le côté positif de ce qui m'arrive. 22 h 26. Je me laisse aller dans les bras de Morphée pour une longue nuit de sommeil. Demain, je vais me promener en ville toute la journée. Je veux visiter les pavillons des provinces, des pays, des commanditaires. À 19 h 30, je serai à la Place de la Francophonie pour le spectacle d'Éric Lapointe. J'ai besoin de ressentir l'énergie de la musique. Je repars ensuite pour un cinq jours de bénévolat.

1 commentaire:

  1. Salut,
    très émouvant ton billet sur la petite Marie.
    On se pose décidément tous les mêmes questions à notre âge. Certains sentent qu'il est temps de vivre ses rêves, en tous cas de vivre différemment, ce que tu semble faire.
    Profites-bien de ces moments aux jeux, malgré la lassitude qui semble poindre. Tu pourras raconter toutes ces histoire à tes petits enfants.

    Louis, un ami -belge- d'Isabelle Desautels

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