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17 octobre 2013

Un grand jour

Comment expliquez-vous cette propension qu’a l’humain de commémorer des dates spéciales par des chiffres précis ? Pourquoi souligner 1 mois, 1 an, 5 ans, 10 ans ? Pourquoi pas cinq mois et deux jours ? Ou trois mois moins une semaine ? Je tombe moi-même dans le panneau. Pourquoi ce silence radio dans ma tête les jours précédents le 17 août ? Et le 17 septembre ? Pourquoi cette obsession face à ce jour, depuis une semaine ou deux ? Comment le disent si bien les enfants, parce que. Bonne lecture.

Salut papa,

Comment vas-tu ? Sais-tu que le 17 octobre est un grand jour ? Je sens que dans bien des chaumières éparpillées aux quatre coins du Québec, des gens qui t’ont à cœur pensent à toi. Le grand frère, le beau-frère, l’oncle, le collègue de travail, le mari, le grand-père, le père. TOI. Il y a six mois, ton grand cœur a décidé qu’il avait assez vu de ce monde.

Tu filais sur la piste cyclable de Versant Nord, sur ton vélo Giant âgé d’à peine un an. Tel un enfant, tu avais décidé de l’enfourcher dès que le Centre du Bicycle Ste-Foy t’a appelé pour te dire qu’il était prêt. Ton vélo trépignait à l’idée de se promener dans la grande région de Québec.

Aujourd’hui est un grand jour. Je viens de franchir le cap des 2 000 kilomètres. J’ai bien pris soin de ton Giant, que j’ai baptisé Géant Blanc, même s’il est noir. Parce que tu étais mon géant. Comme toi, je compile des tas de données : 51 sorties, durée moyenne de 93 minutes, 39 kilomètres à chaque fois. À la cadence de 90 tours de pédale par minute, ça en fait 408 000 ! Je n’avais jamais dépassé le cap des 600 kilomètres dans une saison. Tu viens de me donner une leçon importante : les milliers de kilomètres s’accumulent au rythme de un à la fois. Tu sais ce que j’ai aussi appris au cours de ces 4 500 minutes ? Que notre corps connaît les réponses à tout ! Il suffit de l’écouter.

En mai, suite à la recommandation d’un courtier immobilier dont j’apprécie la bonne humeur et la vitalité, Michel Trottier, j’ai rencontré Pierre Poulet chez Cycle Robert pour un positionnement.

J’avais 300 km dans les jambes. Pierre est un pro. Jamais je ne me suis senti jugé. Sur ce stand, il a mis le vélo à ma forme. M’a expliqué quelques concepts et m’a dit : « Va rouler. Prends des notes. Tu reviendras me voir. » J’ai compris ce qu’il voulait dire après plusieurs centaines de kilomètres, sous toutes les conditions. Mes jambes connaissent instinctivement la cadence. Je peux même estimer ma vitesse à 1 ou 2 km/h près. J’ai amélioré mon endurance, appris la patience face au vent.

Aujourd’hui est un grand jour. Parce qu’il y a seize semaines, j’ai enfin décidé d’écouter la petite voix qui me hurlait de lâcher prise depuis des mois. J’ai consulté mon médecin de famille et suis parti en arrêt de travail pour burn out.

Aimerais-tu avoir des nouvelles de la gang ? Ça s’en vient trop personnel mon affaire. Tu sais, nous les gars, on se parle pas souvent des vraies choses. On tourne autour du pot. Je n’ai certes pas appris de toi à me confier aux autres. Je ne t’en veux pas du tout. Tu m’as légué l’écoute attentive, un sens aigu de la loyauté, l’importance du travail bien fait, le plaisir de donner sans rien attendre en retour.

Jadis, tu imprimais mes billets en bas dans le sous-sol et tu les montais à maman dans le salon. Plusieurs se retrouvent d’ailleurs sur la table. Véro a pris le relais et avec la complicité de Postes Canada, maman continue de me lire … quand je me pointe ici. Ne t’en fais pas, elle se porte très bien. Elle fait preuve de beaucoup d’autonomie. Grâce à ses amies serveuses du St-Germain Plaza Laval et Normandin à Cap-Rouge, elle s’adjoint les services de gens pour l’aider. Ces filles sont vraiment extraordinaires. Leur intérêt sincère face à maman et à toi m’impressionne au plus haut point. Je constate, grâce à cette observation, que tu étais très apprécié par les autres.

Ah oui, il ne faudrait pas que j’oublie. la semaine prochaine, Auvents Saint-Laurent viendra installer un abri d’auto relié à la maison. Maman pourra embarquer dans l’auto au sec. Cet hiver, le gars de la pelouse fera la neige, incluant l’entrée avant à la pelle. Je sais que ce ne sera sûrement pas à ton goût, mais bon, je suis un peu loin pour aller jouer dans la neige à Québec aux 2-3 jours. Remarque que ce n’est pas l’envie qui manque!

Tes petits-enfants grandissent et deviennent des adultes. Mathieu va bien en 2e année de Cégep. En plus d’être défenseur pour les Patriotes du Richelieu Junior AA, il est entraîneur-adjoint pour les défenseurs dans le Midget AA.

Ta belle Roselyne vient de franchir le cap des seize ans et elle a débuté ses cours de conduite ! Elle s’entraîne fort quatre heures par semaine avec son équipe de cheerleading. Elles visent un podium aux championnats provinciaux le printemps prochain.

Félix grandit à vue d’œil et développe son autonomie et organise très bien ses affaires à l’école. Il a même été élu co-président de sa classe. Il joue pour le Blizzard du Haut-Richelieu, Pee-Wee CC.

Ta belle-fille docteure, Nathalie, a obtenu sa permanence de professeure. En septembre, elle a accompagné des entreprises québécoises à Paris en mission apprenante sur la gestion du changement. Ce n’est pas rien hein ? Nul besoin de dire que nous sommes très fiers d’elle !

Roger et Jeannine ont vendu leur motorisé. Andrée et son chum ont séjourné une douzaine de jours à Barcelone en septembre. Une ville à visiter, qui trône haut sur ma liste de rêves.

Et moi dans tout ça ? La construction du nouveau Colisée va bon train. Les Coyotes ne sont pas devenus les Nordiques. Pauline en arrache, avec sa charte et ses multiples revirements. Un vrai gars hein ? Toujours parti sur un autre sujet. Éviter les questions existentielles. Dis-moi, est-ce pour cela que je suis toujours entouré de femmes (dans la restauration au St-Germain, dans l’événementiel, à la maîtrise, à la CIGM, …)?

Je conserve peu de souvenirs de mai et juin, mis à part que je fonctionnais en mode survie, sur les réflexes. Juillet fût un peu mieux, entre autre grâce au séjour aux Iles. Il y eut le désespoir et le sentiment d’avoir abandonné mes bénévoles et collègues en septembre.

Mon petit papa, je m’ennuie parfois tellement de Québec, du fleuve et de ses humeurs changeantes. Des Laurentides au pied de la ville. De l’Ile d’Orléans à l’horizon. Des gens moins stressés que dans le Grand Montréal. Des tours d’auto d’automne dans Charlevoix ou Portneuf. De ces samedi matins à aller voir les avions à l’aéroport. Ou encore de ces promenades dans le Vieux-Port, pour observer et entendre les voiliers.

Grâce à ton vélo, j’ai découvert, au fil de mes randonnées, des paysages qui me remontent le moral. Ici, dans la Vallée du Richelieu, j’ai une magnifique rivière et des montagnes. Du sommet de Mont St-Grégoire, on voit très bien les montagnes vertes et les Adirondacks.

Grâce à mes amis dans l’événementiel, j’ai découvert des tas de lieux magiques. J’ai réalisé que je trouve ma force dans ces moments magiques qui se créent dans les événements.

Comment je vais donc ? Je retrouve petit à petit l’équilibre dans le cocon réconfortant du Havre-au-Ruisseau. J’anticipe parfois avec craintes mon retour dans le monde du travail. Jusqu’à quel point suis-je prêt à gérer à nouveau de multiples sources de stress ? Je ne sais pas. Je tente de découvrir la réponse avec l’aide de ma psychothérapeute, par le biais de l’art-thérapie. Ces rencontres où je dessine ou « joue dans le sable » me fascinent. J’en ressors grandis à chaque fois. Je suis un créateur et cette manière de procéder me permet de comprendre bien des choses et de surtout, de voir de la lumière dans ma vie.

Merci papa de veiller sur nous.

2 commentaires:

  1. Oh là-là Christian, tu me fais vivre beaucoup d'émotion!
    Tu me fais réaliser que je m'ennuie de ton Papa. Quel homme extraordinaire! Juste d'écrire ce mot et j'ai encore les larmes aux yeux. Il était tellement apaisant, une force tranquille et réconfortante! Tellement serein, calme, présent, positif, vrai et encore plus. Et je me dis que tu es déjà dans ses pas...
    Merci d'écrire, Christian, tu nous touches.
    À +!
    ta p'tite belle-sœur!

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  2. Très bel et vibrant hommage Monsieur.
    Au moins vous avez la chance d'être entouré de merveilleux alliés face à la désolation d'une telle absence.
    Bien à vous. D.Ess

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