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18 juillet 2011

Metallica fait trembler les Plaines – et j’y étais!

Samedi 16 juillet, 14 h. Je roule sur l’autoroute 20 en direction Est. Je dépasse parfois des autos remplies de jeunes. À les observer, j’ai bien l’impression qu’ils font comme moi : ils écoutent du Metallica à fond la caisse. Le téléphone sonne. « Synthonise 100.9 Rock, ils ne jouent que du Metallica aujourd’hui! ». Géééééniaaaaaaaaal!

Un mur de chaleur m’accueille lorsque je sors de l’auto à destination. Marc est dans l’entrée avec ses filles. Il se déplace en boitant avec une canne, résultat d’une blessure de tennis au tendon d’Achille. Jamais à cours de solution, il me lance avec candeur : « J’ai appelé Louise à Montréal. Elle me permet d’utiliser la chaise roulante de Ben. On a juste à aller la chercher. » Mon cerveau enregistre lentement l’information, tout occupé qu’il est à penser à la neige et à l’air frais hivernal. « Se rendre au show de Metallica en chaise roulante??? T’es malade ou quoi? Tu sais ils attendent combien de personnes? »

Nous entrons dans la maison. Les passes sont là, sur le comptoir. Magnifique cordon bleu, carte plastifiée avec hologramme. L’appel des Plaines me submerge. Le rockeur en moi crie de quitter immédiatement pour s’y rendre. Pas question de manquer ce rendez-vous historique. Les passes nous donnent accès à la zone VIP, situé à l’avant-gauche de la scène. Aux dires de Marc, il devrait y avoir de la place sans problèmes. Je me fie à son expérience, malgré la petite voix qui me dit que ça risque d’être complet là aussi. Je vérifie l’état du trafic avec l’application Plans du iPhone. Du jaune et du rouge! J’oublie que je me trouve à Québec, là où ces couleurs sur les routes ne veulent pas dire la même chose qu’à Montréal.

19 h 30. Je réussis à convaincre Marc qu’il est temps de quitter St-Nicolas. Nous passons prendre la chaise roulante. À 20 h 30, nous arrivons chez Claude à Ste-Foy, près du Pont de Québec. « Meeerde…. Le show est dans 75 minutes!!!!! » J’accepte l’idée de vivre le concert dans la rue et de me contenter de la puissance sonore, sans voir. « Relaxe Fortin. Tu vas voir. On va prendre Champlain, monter la Côte Gilmour, passer par les Plaines pis Claude va nous laisser au pied du Concorde… ».

Sachez, montréalais crédules, qu’à 21 h, nous passions allègrement à l’accès no 5 et qu’à 21 h 10, nous étions rendus à l’entrée de la Zone VIP. Les lecteurs assidus de ce blogue connaissent ma bonne étoile. Qu’est ce que je répète souvent? Il faut laisser aller et faire confiance à la vie. Elle me le prouve une fois de plus. Et là, le plus hallucinant s’en vient. Vous me suivez toujours? Il fait une chaleur quasi suffocante. Je pousse mon cousin sur la chaise roulante de mon oncle Ben, qui aura bientôt 85 ans. Je sens les regards incrédules des spectateurs se porter sur nous. Je n’ose presque pas regarder les gens dans les yeux. La noirceur est installée, Joe Satriani termine son show. Marc m’annonce qu’avec la passe artiste que nous avons, nous pouvons aller backstage. « Ben oui! Se rendre à Metallica en chaise roulante, partir de la maison à 20 h 35, pis là, aller backstage? ».

J’ai beau avoir une super méga bonne étoile et jouir d’une imagination débridée, je ne peux tout simplement pas concevoir que je pourrais me retrouver backstage 25 minutes avant un des show les plus attendus de l’histoire de Québec. « Hey, Fortin! Pousse! On va par là! ». « Oui, oui… ». On arrive à l’accès. Je jette un coup d’œil au panneau des accès autorisés. La nôtre y est. Le gardien regarde nos passes, ouvre tout juste la clôture pour laisser passer la chaise. Et voilà. Backstage. Incroyable. Je suis à l’arrière-scène. Le band est là, dans l’une de ces roulottes de chantier. Ils vont marcher ici dans 15-20 minutes, pour monter sur scène. Derrière ces marches, des dizaines de milliers de personnes attendent fébrilement. Je n’en reviens tout simplement pas. Wow, wow et re-wow! Ma soirée est faite.

Nous retournons dans la zone VIP. Le show débute. Marc se tient debout avec sa canne. J’ai la chaise pliée devant moi. Je me ferai déranger souvent par les gens qui circulent. Pas grave. Je suis là. Les gars jouent à quelques mètres de nous. Il fait beau. Il fait chaud. Le drapeau du Québec flotte sur le Parlement. Je suis dans ma ville, sur mes Plaines. Les souvenirs circulent. L’avenir me visite. Je ne peux m’empêcher de penser à mon oncle Ben, qui est hospitalisé. À cette perte d’autonomie qui surgit un jour. Et au déclin qui s’en suit, inexorable.

Ce soir, la vie me dit encore une fois que je suis privilégié, qu’il ne s’agit que de rêver haut et fort pour que les visions se réalisent. Rien ne sert de s’apitoyer sur soi (comme je l’ai trop fait dans les dernières semaines). Il faut au contraire observer la vie et savourer chaque instant qui passe.

Merci Marc pour cette magnifique soirée! Tu m’as démontré une grande leçon. Il faut demander. Avec politesse et un grand sourire. Le non est possible. Le oui ouvre des portes magiques. Ben, quand tu reviendras à la résidence, touche ta chaise. Tu y sentiras l’énergie dégagée par des dizaines de milliers de personnes qui levaient le poing à l’unisson.

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